Les mystérieuses statues ivoiriennes de la fertilité

10 mars 2016 PAR
Quand Georges Braque affirmait : « L’art est fait pour troubler. La science rassure. », il ne croyait pas si bien dire. Voilà deux sculptures ivoiriennes qui n’ont pas fini de faire parler d’elles… ni de donner du fil à retordre à la médecine et à la science en général !

Il s’agit de deux statues baoulé mesurant chacune environ 1,50 m pour une trentaine de kilos et représentant un homme et une femme. Sculptées dans l'ébène, supposément aux alentours des années 1930, et importées de Côte d'Ivoire, ces sculptures seraient dotées de pouvoirs surnaturels, puisqu’elles rendraient fertile toute femme passant entre elles ou les touchant. En effet, selon une croyance populaire, afin d’assurer la descendance du couple, les statues de la fertilité mâle et femelle doivent être placées de part et d’autre de la porte de la chambre à coucher. Si l’homme ou la femme touche l’une des sculptures en entrant dans la chambre, l’épouse tombera enceinte sous peu.

Bien qu’elles soient originaires du centre de la Côte d’Ivoire, l’histoire et la notoriété de ces mystérieuses statues commencent à 9 528,14 km de leur terre d’origine, aux États-Unis, plus exactement à Orlando dans l’État de Floride.

ET DE UNE !

Tout commence lorsqu’un certain Edward, alors patron de Ripley’s Believe It or Not !(sorte de chaîne de musées de l’insolite comptabilisant près d’un siècle de collecte d’objets et totalisant quelque 25 000 pièces uniques) fait l’acquisition en 1993 de deux sculptures géantes représentant un homme et une femme. Sculptures qui sont initialement destinées au Ripley’s de Londres en Angleterre, mais qu’il est impossible d’acheminer dans l’immédiat. Qu’à cela ne tienne : dans un premier temps, Edward et sa secrétaire disposent les deux pièces d’artisanat dans la galerie d’Orlando, les plaçant de part et d’autre d’une porte, selon la tradition en laquelle, à ce moment-là, ces deux toubabous pleins de certitudes ne croient guère. L’assistante du directeur s’amuse donc à faire des allers-retours entre les deux gardiens silencieux, les frôlant et caressant leur bois précieux au passage. Résultat : 15 jours plus tard, la dame est enceinte (on espère pour elle qu’elle avait des rapports réguliers avec son mari, car n’est pas Marie qui veut !)

ET DE DEUX !

Quelque temps après, Kimberly, employée de Ripley’s, trébuche malencontreusement contre la statue féminine. Un mois et demi plus tard, la demoiselle, pourtant sous contraceptif, a la surprise d’apprendre sa grossesse.

JAMAIS DEUX SANS TROIS !

Candy Prizer, qui se rend régulièrement au musée dans le cadre de son travail et n’a pas la moindre idée du folklore entourant ces deux sculptures, prend l’habitude de toucher les statues à chacune de ses visites (il faut dire que c’est bien agréable au toucher, l’ébène). Vous devinez la suite ? Hé oui : elle aussi tombe enceinte ! 

OK : ON ARRÊTE DE COMPTER !

À l’instar de ces trois jeunes femmes, les 13 mois suivants, une bonne dizaine de femmes, collaboratrices directes ou indirectes du musée, connaîtront les joies d’une maternité plus ou moins désirée et surtout nullement préméditée.

La prophétie prenant de l'ampleur, le musée décide d'accorder gratuitement l'accès aux sculptures. Pour ce faire, on place ces dernières hors de la salle d’exposition, juste à côté de la billetterie. Une seule exigence : que les femmes qui tentent l’expérience témoignent si oui ou non, selon elles, les statues ont joué un rôle dans la conception de leur bébé. En quelques mois, plus d’une centaine de réponses positives afflue.

Au vu de cet étrange phénomène, les dirigeants du musée décident de faire bénéficier le plus grand nombre de femmes possible du pouvoir surnaturel des statues magiques. Ainsi, pendant 7 ans, celles-ci feront plusieurs fois le tour du monde et des milliers de femmes affirmeront être tombées enceintes après des années d’essais infructueux, simplement en passant leurs mains sur les statues bienfaitrices. Vérité ou auto-persuasion ? La plupart affirment en tout cas avoir éprouvé une grande sérénité au contact des sculptures. Certaines estiment même que le miracle est survenu à peine 48 heures après qu’elles aient touché le couple d’ébène, et l’on appelle communément les enfants issus de cette « non-union » les « fertility statues babies » (bébés des statues de la fertilité).

 

Pour la petite histoire, ces deux « fiers Baoulé » sont devenus si populaires (et si rentables ?) que le site Ripley’s propose même un « toucher indirect » pour celles qui ne peuvent effectuer le déplacement jusqu’aux États-Unis. Qu’est-ce à dire ? Hé bien c’est simple : vous prenez une photo de votre main et la postez sur le Twitter ou l’Instagram de Ripley’s, sous le hashtag #RipleysBabyMaker, et les gérants du musée se chargent d’imprimer votre photo et de la frotter contre les statues.

Avis aux amatrices !

*George Braque : (1882-1963), peintre sculpteur et graveur français

Petite histoire des Baoulé

Les Baoulé (Ba Ou li) sont un peuple de Côte d'Ivoire appartenant au groupe ethnique des Akan, et originaires du Ghana, pays frontalier de la Côte d’Ivoire. Ils se concentrent essentiellement au centre du pays, près des villes de Bouaké et de Yamoussoukro, et représentent environ 23 % de la population ivoirienne (environ 3 943 667 individus). La légende raconte que l’appellation « Baoulé » serait en réalité la déformation de « ba ou li » (l’enfant est mort), en référence au sacrifice de la reine Abla Pokou. En effet, au XVIIIe siècle, fuyant les guerres de succession fratricides du Ghana, celle-ci se retrouva avec son peuple aux bords du fleuve Comoé en furie : impossible de poursuivre plus loin. L’oracle qu’elle consulta alors lui révéla que la seule solution pour calmer l’esprit du fleuve et leur assurer un passage était  d’offrir son fils unique en sacrifice. Faisant passer l’intérêt des siens avant son amour maternel, Abla Pokou s’y résigna, le cœur meurtri. En reconnaissance, le peuple qu’elle avait sauvé prit le nom de la première parole qui sortit de la bouche de la reine tandis que le petit corps disparaissait sous les flots déchaînés : « Ba ou li », l’enfant est mort.

La culture des statues chez les Baoulé

Les statues jouent un rôle prépondérant dans la culture baoulé et interviennent dans tous les aspects de la vie sociale. De forme humaine ou animale, elles condensent des forces spirituelles et correspondent à la matérialisation des esprits et génies de la nature.

A priori néfastes, espiègles, et surtout horriblement laids, voire difformes, les génies de la nature chez les Baoulé peuvent devenir bénéfiques si on les honore convenablement.
Chimène Désirée

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