Marché de 1500 F pour 3 à Abidjan !

16 octobre 2013 PAR
Sans tricher, Yéyé donne quelques recettes qui ne coûteront pas plus de 1500 Fcfa, depuis le combustible jusqu’à la dégustation.

L’objectif de cet article n’est pas de vous donner des conseils de survie alimentaire dans une ville d’Abidjan qui, parfois, peut prendre des airs de jungle impitoyable. Ce serait une injure à la face de la grande majorité de la population abidjanaise pour laquelle 1500 F est un vrai poste budgétaire et non de la menue monnaie noyée au fond d’un portefeuille en cuir d'alligator. 1500 F, c’est le salaire (hors pourboires) d’une serveuse dans un bar de Yopougon (ou d’ailleurs) qui travaille de 18H à 6H du matin ; c’est le salaire journalier d’un « déchargeur » au marché gouro ou d’un « chargeur » à la gare d’Adjamé ; parfois, les nombreux vendeurs à la sauvette des embouteillages n’aperçoivent même pas 1000 F après une journée à courir sous le soleil et dans les gaz de pots d’échappements… Pourtant en ville, on ne voit jamais se promener des hommes avec la dégaine des Éthiopiens de « we are the world » et, à part les « femmes de blancs », l’Abidjanaise respire plutôt l’embonpoint. Il n’y a pas d’arnaque dans mon marché de 1500 F. Je n’ai planqué aucun sac de riz ou de charbon.

« Sauce feuilles », l’option broussailles

Riches en fibres, en vitamines et sels minéraux, la valeur nutritive des « sauces feuilles » n’est plus à démontrer. Gorilles, vaches, éléphants etc., les plus gros mammifères ne sont-ils pas des herbivores ? On choisira les feuilles de patates douces. À 50 F en moyenne le tas, c’est 300 F qu’il faut laisser à la vendeuse pour un joli bosquet. Souriez à la dame, elle va vous donner un petit « gouassou », un cadeau d’une branchette supplémentaire. Ça ne rate jamais, surtout quand vous êtes un homme qui fait lui-même son marché ! Un tas de 500 F de côtelettes de porc assurera l’apport protéinique et 3 grosses galettes d’atoukpou de 100 F chacune, nous combleront de glucides. Au détail, 100 F de concentré de tomate plus 100 F d’huile rouge et il reste 200 F pour le charbon, sur le chemin du retour à la maison. Pour le sel, je m’adresse toujours à la voisine en prenant soin de dire bonjour à son mari qui fait plus d’un mètre quatre-vingt dix. Il y a une variante avec les feuilles d’épinards, mais elles coûtent deux fois plus cher et les feuilles de manioc qui peuvent être gratuites, s’il y a un champ dans les parages (maisons inachevées ou terrains non construits. Mais, gare au gardien !)

« Sauce kôpê ou gombo », l’option glisse

C’est une formule qui glisse bien et pas seulement à cause du gombo. En volume, on mange plus... Selon la saison, un bon petit tas de gombos coûte 50 F. Six tas suffiront pour la recette du jour. 500 F de poissons fumés feront l’affaire et pour les glucides, il y a le choix. Si on aime le tôh ou le placali, 300 F suffiront largement pour, respectivement, la farine de maïs ou la pâte de manioc. Et comme précédemment, il y a 100 F pour la pâte de tomate, 100 F pour l’huile et 200 F pour le charbon. En remplacement du tôh ou du placali, une variante au kongondé est envisageable. Juste une précision pour les gros mangeurs : toutes ces pâtes-là se digèrent très vite !

« Sauce aux légumes » ou l’option claire

Le légume-roi, celui qui est le plus abordable, c’est l’aubergine. Pendant la haute saison, on en a pour son compte avec 200 F. Ajoutons 100 F d’akpi pour le goût. La saison haute de l’aubergine peut coïncider avec celle de la banane ; alors, c’est jour de fête. 200 F de banane et 200 F de manioc peuvent nous faire un bon foutou. On rajoute 500 F de poissons fumés, 100 F d’huile et 300 F de charbon ; et à midi, on s’enferme pour éviter tous les côcôs avant la fin du repas.

Quand manger moins cher devient une philosophie de vie
Avec ces trois cas de figures seulement, les possibilités de combinaisons et de recombinaisons sont immenses pour manger varié. C’est mathématique. Si on rajoute un brin de sagesse ancestrale à ses contraintes budgétaires, on peut encore mieux s’en sortir. Nos anciens calaient leur régime alimentaire sur les saisons et les différentes récoltes. Il faut manger les légumes et les fruits de saison, ils coûtent toujours le moins cher. Et puis, il y a des quartiers où les produits alimentaires sont spectaculairement meilleurs marchés. Profitez donc de vos déplacements en ville pour engranger des réserves. Avec du bon sens et toutes ces astuces, manger moins cher peut devenir un « way of life », une philosophie de vie.

by Gauz
LEXIQUE
Toh
Pâte cuite à base de farine de maïs
Placali
Pâte cuite à base de manioc
Côcô
Pique-assiette
Akpi
Amande du fruit de djansang (Ricinodendron heudoletti, thank you wiki)
Foutou
Banane pilée
Gouassou
Bonus, cadeau
Kongondé
Pâte à base de manioc séché puis pilé en farine.
Marché gouro
Marché de vivriers à Adjamé
Déchargeur
Manutentionnaire déchargeant les camions
Chargeur
Coxer qui hèle les clients dans les gares voyageurs
Atoukpou
Attiéké cuit en galette
Attiéké
Semoule à base de manioc

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