Le guide des transports abidjanais : le « wôrô-wôrô »

22 mai 2014 PAR

Redécouverte de la ville d’Abidjan à travers ses transports : les wôro-wôro.

Vous avez emprunté le bus, le taxi compteur et le gbaka ? L’ultime épreuve, la dernière expérience à vivre avant de vous targuer de connaître Abidjan et les Abidjanais, c’est d’emprunter le wôrô-wôrô ou si vous préférez le warren pour ceux qui ont des difficultés de prononciation. Pourtant, il est plus difficile de prononcer wôrô-wôrô que d’en trouver. C’est le moyen de transport le plus accessible, disponible à chaque grand carrefour ou zone d’affluence (reste à savoir qui des gares ou des zones créent l’affluence).

30 francs-30 francs

Originairement prévu pour le transport des commerçant(e)s et de leurs marchandises, dans les quartiers commerciaux (Adjamé, Treichville,…), le wôrô-wôrô était un transport intercommunal dont le trajet ne coûtait que 30 FCFA, d’où le terme wôrô-wôrô en malinké (on sait tous que les Malinkés sont fortement représentés dans le domaine du transport et du commerce). Petit à petit, avec la dévaluation et la cherté de la vie, les prix ont augmenté passant à 200 FCFA et plus, le transport s’est vulgarisé et syndicalisé. Un code-couleur a même été défini pour chaque quartier. Le secteur s’est développé et maintenant, il y a les wôrô-wôrô communaux, ceux de couleur et les wôrô-wôrô intercommunaux, sans couleur prédéfinie ; c’est-à-dire ceux qui ont le droit de franchir les “frontières“ des communes. Ceux-là sont plus difficiles à trouver.

Corps-à-corps intercommunaux

Emprunter un wôrô-wôrô fait souvent appel à l’intelligence et à la dextérité. Aussi, en dehors des heures creuses, il faut des minutes d’attente, des “queues“ zigzagantes à perte de vue pour pouvoir s’engouffrer dans un véhicule. De plus, il faut avoir la monnaie ou la tarification exacte de votre course au risque de vous voir renvoyer à l’attente ou gronder par le chauffeur.

Une fois dans le véhicule, il faut encore compter sur la chance pour que le véhicule que vous empruntez soit propre, que vos voisins soient de taille et de corpulence “acceptables“, qu’ils ne dégoulinent pas de sueur et ne transportent pas de marchandises odorantes (malodorantes, devrais-je plutôt dire) et salissantes. Parfois, vous avez droit au “package“ ; c’est-à-dire que votre voisine peut être une commerçante de 98 kilos montés sur 1,75 m et transportant du poisson, de la tomate ou des oignons. Comme on dit dans le jargon ivoirien, emprunter un wôrô-wôrô, “c’est gagné-gagné, perdu-perdu“*. Dans un wôrô-wôrô en général, l’ambiance est soit silencieuse, soit rythmée par le Coupé-décalé, la musique mandingue ou la radio, soit par des discussions entre passagers ; on apprend beaucoup au cours d’un trajet en wôrô-wôrô. C’est une sorte d’agora où les sujets et les orateurs sont aussi divers que variés : politique, psychologie, religion, sciences sociales, anthropologie, tout y passe. La parole est donnée, reprise, monopolisée puis redonnée à un rythme vertigineux, et puis avant que les sujets ne s’épuisent, vous voilà à destination. Vous tendez la main pour ouvrir la portière et le chauffeur vous dit : « on ouvre par derrière » (traduction : passez la main par la vitre et ouvrez la portière du dehors). C’est le cas dans 80% des wôrô-wôrô.

Une expérience unique à vivre

Expérimentez le wôrô-wôrô, car chaque trajet est une expérience qui peut être drôle, énervante et même étonnante. A Yéyémagazine, on attend vos anecdotes sur nos différents transports abidjanais, notamment le wôrô-wôrô.

*« c’est gagné-gagné, perdu-perdu » : jargon ivoirien, en référence au jeu où l’on peut soit gagner, soit perdre.

Aude Fadiga

A lire aussi