Le goûter à l’ivoirienne : les encas

05 septembre 2014 PAR

Pâtisserie, confiserie, nous les Ivoiriens, ça nous connaît. La qualité et la quantité de beignets et galettes qui composent notre menu en est la preuve.

C’est la rentrée, et pour certains, elle rime avec supplice, fin de l’oisiveté, de la paresse, des voyages et des rêveries auxquelles notre esprit prenait part de façon impromptue et inopinée. Cependant, malgré la torture que nous fait subir le saute-mouton des lettres et le ballet interminable des chiffres mystérieux, il y a ce moment qui nous rappelle, ne serait ce qu’un court instant, le souvenir des fraîches vacances : l’heure du goûter. En effet, à la pause, entre amis, il nous est souvent servi des récits ubuesques ou des récits fidèles du vécu, et tout ça autour d'un bon :

Gbofloto : beignets faits à base de farine, de levure boulangère et de sucre, les gboflotos sont en tête de liste dans les top listes des encas en Côte d' Ivoire. Ils sont reconnaissables entre mille, par leur forme arrondie, leur couleur brune foncée, et souvent saupoudrés de sucre. Un délice qui s’accompagne (ou pas) de jus ou de bouillie de mil. A ce jour, on en trouve à tous les carrefours, mais les meilleurs sont ceux fait par les femmes N’zima*. Ne me demandez pas pourquoi.

Jaune-jaune : beignet salé, rendu jaune par un colorant alimentaire, il est servi avec des pâtes « macaroni ». Un autre délice à découvrir absolument.

« Aller-retour » : comme son nom l’indique, le consommateur fait toujours un deuxième tour chez la tantie ou même vers le bol qui contient les beignets. De couleur claire, fourré d’une farce faite avec du poisson, « l’aller-retour » est un beignet salé prisé par les petits et les grands.

 Pastel : les pastels au poisson ou à la viande sont des beignets qui, à la friture, leur odeur agréable finit de convaincre votre estomac qu’il vous faut un encas. Nourrissant et véritablement agréable à la dégustation, ce beignet était l’apanage des plus nantis à l’école, à cause de sa composition qui requiert pas mal de ressources. Ils sont très présents dans les cocktails des différentes cérémonies festives.

Boule-boule au coco : ce sont des croquettes de manioc râpé, séché, et frit. Elles sont de couleur claire et saupoudrées de chaire de coco sec râpé ; ce qui pourrait à priori vous faire tomber les molaires, mais ont tout de même un goût fort agréable.

Gaou : généralement utilisé pour rompre le jeune musulman, c'est un beignet fait avec des haricots moulus et accompagné de sauce tomate très épicée.

Pain Perdu : l’une des recettes les plus appréciées des mamans, pour sa facilité de réalisation, et des petits, pour le goût. Fait de tranche de pain rassis, trempé dans un mélange d’œufs, de lait et de sucre, sans fioriture, il est à se mordre les doigts.

Pain-confiance : comprenez sandwich de pain ou selon l’expression locale, « pain-condiment ». C’est un morceau de pain qu’on fourre de toutes sortes de féculents (pommes de terre, pâtes…) et de protéines (œuf, viande, poisson) avec des légumes ou pas. Chez la tantie du pain-confiance, on assiste à toutes sortes de combinaisons : « pain-spaghetti-avocat-haricot et rognon » par exemple.

Pain-chien : c’est le hot-dog local. Des brochettes de viande cuites sur grill sont introduites dans un morceau de pain pour en faire un délicieux sandwich.

Tra-tra : large beignet, les tra-tra (comme pour dire large) sont essentiellement faits de farine de blé, de sucre, de sucre vanillé, de noix de muscade, de levure boulangère délayée dans de l’eau tiède.

Guédégba : dont le nom fait référence à un footballeur ivoirien réputé, Guédé Gba Ignace, en raison de sa consistance qui évoque la robuste musculature du footballeur. Il est consommé de préférence au petit déjeuner. Apprécié autant des élèves, des étudiants que de leurs professeurs, il est excellent pour tenir toute la matinée jusqu’en début d'après-midi.

Gbozon : fait essentiellement de farine, de beure, d’œuf et de sucre, gbozon est l’un des beignets les plus volumineux et les plus bourratifs. Vendu aux abords des écoles et des gares, il contente les travailleurs en attendant l’heure de la pause déjeuner.

Claclo : est fait à partir de purée de banane plantain beaucoup trop mure pour servir à autre chose. La purée est mélangée à de la farine de riz et est assaisonnée d'oignon ou de piment. La pâte obtenue est frite dans de l’huile de palme. Le « claclo »est accompagné de sauce tomate.

N’gnonmi ou wonmi est un beignet de mil cuit dans une poêle spéciale, compartimentée. Sucré, il est apprécié accompagné de bouillie de mil, de jus, de yaourt ou de dèguè*. Il est excellent pour rompre un jeune et favorise également la montée de lait chez les nourrices. Généralement commercialisé l’après midi, les enfants l’adorent pour couper les fringales de fin de journée.

Pour l’Ivoirien ou celui ayant vécu dans notre chère patrie, l’énonciation de ces différents beignets et galettes résonne comme une interpellation express au palais.

N'Zima : peuple du sud-est de la Côte d’Ivoire, originaire du Ghana et réparti entre la région de Takoradi et Sékondi au Ghana et l'est de la Côte d'Ivoire, dans la région de Grand-Bassam et Aboisso. Ils sont couramment appelés « Appolos » ou « Appoloniens ».

* Dèguè : lait caillé mélangé à des grains de mil précuits.

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Aude Fadiga

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