San Pedro: petit paradis aux multiples facettes

03 avril 2017 PAR
« Oh oh, même Paris connaît. Abidjan est le plus doux du monde », chantait Espoir 2000. Au pays, c’est un autre refrain que certains chantent : « Oh oh, même Babi connaît. San Pedro est le plus doux de Côte d’Ivoire »…

… Et il est vrai que ceux qui ont vécu l’aventure pétrussienne se reconnaissent instinctivement et parlent leur propre langage. Pourquoi ? Qu’est-ce qui fait la spécificité de cette ville ? Difficile à dire… mais elle rend possessifs tous ceux qui y ont vécu et en sont tombés irrémédiablement amoureux.

À l’instar de Sassandra et de quelques autres comptoirs de la côte, l’étymologie de San Pedro atteste elle aussi de la présence précoce des navigateurs portugais sur les côtes du littoral ivoirien. Proche du Libéria voisin, cet ancien comptoir dont les vestiges sont aujourd’hui difficilement identifiables est surtout réputé pour son phare, qui fut le premier de Côte d’Ivoire, et pour avoir volé la vedette à la déclinante Sassandra, devenant en 1971 le deuxième port en eau profonde du pays. Sa vocation initiale était l’exportation du bois ; c'est aujourd’hui le premier port cacaoyer du monde. Le caractère bien trempé de ses Kroumen, ethnie majoritaire de la région, est également de notoriété publique : il justifie le fait que la Côte était autrefois nommée « coste des mâles gens ».

Autre qualificatif que l’on utilise souvent pour désigner San Pedro, celui de « ville far-west », érigée à la hâte pour répondre aux besoins expansionnistes des années triomphantes d’avant la « conjoncture », avec pour conséquence un urbanisme quelque peu chaotique. Ville de « pionniers » au développement fulgurant, la « seconde porte océane » du pays reçut bientôt plus d’habitants qu’elle ne pouvait en loger.

Deuxième pôle économique de Côte d'Ivoire après Abidjan, San Pedro est un point stratégique de l’économie nationale, dont le dynamisme suscite la convoitise de nombreux Ivoiriens en provenance de toutes les régions du pays, ainsi que des membres de la CEDEAO, constituant environ 60 % des 422 00 âmes qui peuplent la ville, parmi lesquelles on trouve également 250 ressortissants européens et environ 1 500 membres de la communauté libanaise.

San Pedro réunissant les caractéristiques d'une paisible bourgade de province, d'un pôle économique bouillonnant d'activité et d'une station balnéaire aux allures de Club Med permanent, l'ambiance y est à la fois assez superficielle et plutôt sulfureuse, les dures heures de travail hebdomadaires trouvant généralement compensation dans les bars et dancings de bord de mer et du centre-ville, peuplés d'hommes mués en aventuriers solitaires le temps d'une mission ou d'une affectation provisoire, et de filles des régions et pays environnants venues tenter leur chance dans cette ville où l'argent ne dort jamais, en particulier quand le cacao et les billes de bois convergent vers le port. À tel point que certains n'hésitent pas à dire que le diable en personne aurait sa résidence secondaire ici, dans cette ville de tous les vices et de toutes les tentations, mais aux attraits ô combien doux...

Dormir, séjourner

Au niveau des réceptifs hôteliers, ce n’est pas bien compliqué : plus on s’approche de la mer et plus les prix, le charme et le confort augmentent. Les hôtels situés en bord de mer se concentrent dans le quartier Balmer, et ont l'avantage de proposer une fourchette de prix assez étendue, allant du mini-budget au budget-luxe. Certains des hôtels situés en centre-ville proposent certes des tarifs défiant toute concurrence, mais franchement, séjourner à San Pedro sans séjourner en bord de mer, c’est un peu un non-sens…

Manger

San Pedro propose quelques très bonnes tables, localisées pour la plupart dans le quartier Balmer et correspondant principalement aux restaurants des hôtels de bord de plage. Plusieurs bonnes adresses également en ville, notamment dans le quartier Cité et le quartier du Lac, et rue Séwéké, où se concentrent de nombreux maquis, généralement bondés le samedi soir et le dimanche midi. La nuit, sur la route du quartier du Lac, en face de l'entrée principale de l'hôpital, vous trouverez des braiseuses exceptionnelles : poulet, poisson, écrevisses... de vrais délices. Ne manquez pas le poisson de mer, particulièrement frais et savoureux sur San Pedro.

A voir/à faire

En suivant le boulevard de la Corniche, qui s’élève perpendiculairement à la mer entre le quartier Balmer et la zone portuaire, on parvient, en sinuant entre les collines, au sommet de l’une d’entre elles. Vers le nord-ouest et l’ouest s’étend l’immense lagune de Digboué, parsemée de plusieurs îles. Il faut la parcourir en pirogue pour prendre la mesure de son exceptionnelle beauté, qui rappelle par instants celle des bayous de Louisiane, tandis qu’en d’autres endroits, des arbres hauts de plus de trente mètres font une haie d’honneur à l’embarcation glissant doucement sur les eaux saumâtres qui leur servent de refuge.

À voir absolument : l’embouchure du fleuve San Pedro, derrière le parc à bois, superbe coin de nature encore sauvage et préservé. Pour y accéder, donnez quelques pièces aux gardiens en guise de laissez-passer. Si vous avez du courage, vous pouvez entreprendre la promenade à pied, sur une piste de terre serpentant entre les reliefs vallonnés et arborés de la brousse. L'embouchure, qui se révèle aux yeux du visiteur au sommet d'une ultime montée, est vraiment d'une beauté à couper le souffle. Sur votre gauche, le littoral, se prolongeant sur des kilomètres avec la plage de Monogaga au loin, perdue dans les brumes marines. A droite, une crique de sable brun parsemée de rochers pleins de moules et surmontée d'une montagne recouverte de forêt primaire. Droit devant vous : l'horizon, infini et tentateur, où évoluent avec grâce les fragiles embarcations des pêcheurs des environs. Une vraie belle émotion.

Le port de pêche de San Pedro (en direction du parc à bois et sur la route de l'embouchure), construit en 1995 grâce à un don du gouvernement japonais, présente un ballet de pirogues colorées par lesquelles transitent chaque jour les meilleurs poissons et fruits de mer du pays : bars, capitaines, carpes rouges ou noires, mérous, gambas, écrevisses, crevettes, moules, langoustes...

Au quartier Balmer, vous pouvez si vous le souhaitez, vous adonner à la pêche ou aux sports de glisse. Le Rock Beach Hotel, notamment, propose des planches de surf à la location, tandis qu'un peu plus loin au niveau de l'hôtel Canelle, vous trouverez une petite digue de rochers très prisée des pêcheurs, sur laquelle il est particulièrement agréable de se poser un instant en fin de journée pour assister au coucher du soleil. Férus de marche, la plage permet également de longues et agréables balades (hormis pour les « passe-droit » que l'on pourra vous demander ponctuellement, sollicitations fantaisistes dont il faudra vous dépatouiller avec humour et politesse), entrecoupées d'ascensions légères sur de grandes roches plates. En continuant toujours tout droit en direction de l'ancien hôtel Balmer qui a donné son nom au quartier balnéaire, vous trouverez quelques maquis de plage, pieds dans le sable où il est possible de boire et se restaurer à la roots. Pour les filles, préférez tout de même y aller accompagnées.

A voir absolument, si vous en avez le temps et l'occasion, les chutes de la Nawa, situées à 3 kilomètres de Soubré et à une bonne centaine de kilomètres au nord de San Pedro, en aval desquelles trois trous d'eau forment un lieu sacré, dans un cadre végétal splendide et foisonnant. Majestueux.

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