MiLéDou : le développement par le sport

10 mars 2017 PAR
Nom : Agboyibo. Prénom : Jean-Luc. Âge : à peine 30 ans. Passion : le basketball. Faits d’armes : la création en 2012 du projet associatif Leading Youth, Sport and Development (LYSD LYSD : http://lysd.ong/), visant à éduquer et intégrer la jeunesse défavorisée par le biais du basketball avec le programme MiLéDou. Devise : « Shake things up ! ». Et c’est précisément ce que fait ce jeune entrepreneur social !

La politique ? Jean-Luc n’y croit plus trop, bien qu’il soit le fils de l’ancien Premier ministre togolais Yawovi Agboyibo. L’humanitaire ? Un modèle qui ne marche pas, selon lui. Comme dit le proverbe, « Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours ».

Pour ce tout jeune entrepreneur, « on peut faire du business tout en faisant du bien », et « le développement, on l’obtiendra tous ensemble ou on ne l’obtiendra pas ». Le développement du continent. Un challenge d’autant plus important que plus de 50 % de la population africaine, âgée de moins de 25 ans, se trouve aujourd’hui confrontée à de nombreux défis – chômage, divisions ethniques et politiques, inégalités –, et qu’elle évolue dans un environnement ne favorisant pas vraiment l’ascension économique ou sociale…

Répliquer les modèles vertueux

D’où l’intérêt de répliquer les modèles vertueux, comme le projet SEEDS Academy du vice-président de la NBA Afrique Amadou Gallo Fall, dont ce jeune Togolais s’est inspiré pour monter le projet associatif LYSD et son programme phare, MiLéDou (« On est ensemble » en mina, dialecte d’éwé parlé à Lomé), qui compte depuis 2016 une antenne ivoirienne, LYSD MiLéYi.

Derrière cette initiative, la ferme conviction que le sport est un vecteur de cohésion sociale et qu’en permettant d’éduquer et d’intégrer la jeunesse défavorisée, il peut contribuer à son épanouissement et constituer un véritable levier de développement inclusif.

À travers MiLéDou, un accent particulier est mis sur le basket, sport fédérateur par excellence qui permet notamment de rassembler aussi bien filles que garçons sur un même terrain, contrairement au foot, majoritairement masculin : issu d’une fratrie de 4 frères et… 13 sœurs, Jean-Luc a pris conscience très tôt de l’importance sociale des femmes, et accorde à cet égard une attention toute particulière au respect de l’égalité des genres.

MiLéDou sur le terrain

Concrètement, le projet MiLéDou court de juin à octobre, et vise prioritairement les jeunes âgés de 6 à 20 ans vivant dans les capitales, mais aussi les zones enclavées du Togo et de la Côte d’Ivoire, et bientôt du Burkina Faso et de la Guinée. A raison de plusieurs matchs de basket par semaine, il s’agit d’attirer et de fédérer les enfants et les adolescents autour d’une pratique régulière de ce sport et des valeurs qu’il véhicule (apprendre à se connaître, se mettre au service d’un collectif et tenir compte de l’autre, s’ouvrir à des personnes d’horizons différents…). Les sessions d’entraînement sont ouvertes à tous et le seul critère pour y participer est l’envie d’apprendre et de jouer.

Le programme s’appuie sur un réseau de 30 collaborateurs (24 au Togo et 6 en Côte d’Ivoire) incluant 5 employés à temps plein en charge de la coordination et 25 éducateurs à temps partiel aguerris à l’organisation des matchs et séances d’entraînement, mais surtout à l’encadrement, la formation, l’écoute et le soutien. Il s’agit en effet de suivre les différents enfants tout au long de l’année scolaire, mais aussi de rassembler des informations stratégiques permettant de mieux les suivre et les orienter : qui va à l’école et qui n’y va pas ; qui a le potentiel pour suivre telle ou telle formation ; qui souffre de pauvreté ; qui a un talent d’athlète, etc. Les plus prometteurs peuvent ainsi se voir attribuer une bourse financée par LYSD, intégrer des écoles de renom ou obtenir des places en stage ou en camp de basket.

Objectif : apprendre à connaître les jeunes, identifier leurs besoins, proposer un accompagnement pour les plus nécessiteux, mettre en place des processus pour suivre les enfants dans le but de constituer un réseau avec les leaders de demain et d’offrir des opportunités aux plus méritants qui pourront par la suite devenir à leur tour des role models capables d’inspirer et influencer favorablement la jeunesse de leurs communautés.

Des résultats prometteurs

Depuis le début de ses activités en mars 2013, LYSD a déjà obtenu de beaux résultats, notamment à travers :

  • La réfection de terrains basket et l’organisation de tournois ;

  • L’organisation d’événements associatifs et sportifs ayant attiré quelque 3 000 participants âgés de 6 à 20 ans dans 15 localités du Togo et de la Côte d’Ivoire ;

  • L’octroi de 47 bourses aux éléments les plus prometteurs du projet MiLéDou, dont 5 ont ainsi pu intégrer de prestigieux établissements d’enseignement supérieur en Afrique du Sud et aux États-Unis ;

  • L’accompagnement des meilleurs talents à l’étranger ;

  • L’envoi de 11 des joueurs les plus déterminés aux camps NBA en Afrique, dont l’un est actuellement en école préparatoire aux États-Unis.

Le nombre d’enfants ayant directement bénéficié des actions initiées par LYSD en 2016-2017 est estimé à 1 200-1 500, avec une proportion d’environ 40 % de filles et 60 % de garçons. Grâce à son engagement, l’organisation a même posé les bases pour la création d’équipes nationales de basket junior garçons/filles au Togo.

Gage de son succès, LYSD a commencé avec un budget annuel de 30 000 dollars qui est passé à 100 000 dollars pour la saison 2016-2017 et devrait s’élever au double pour la saison 2017-2018. Parmi ses soutiens, elle compte entre autres la NBA Afrique, le ministère togolais des Sports, le ministère français des Affaires étrangères, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), la fondation Ecobank, Canal+ Afrique.

A lire aussi