L’Europe à la dérive

17 septembre 2015 PAR

CÉCITÉ (17 septembre 2015)

Observez bien le terrible drame qui se joue sous nos yeux et qui précipite des dizaines, des centaines de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants vers une Europe figée sur elle-même, incapable de s’entendre pour les accueillir dignement, paralysée par le confort qu’elle a construit en colonisant le Tiers-Monde. À aucun moment vous n’entendrez l’un de ses responsables politiques reconnaître publiquement qu’elle est directement ou indirectement responsable de cette tragédie, ni ne verrez l’un de ses médias dénoncer, preuves à l’appui, le comportement des pays qui ont semé le chaos en Afrique et au Levant.

Et pourtant ! Oui, pourtant, ce sont bien les Occidentaux qui, depuis soixante-cinq ans, ne cessent, sous différents prétextes, de maintenir par la force leur pouvoir sur le Tiers-Monde. De la guerre de Corée à la guerre de Libye en passant par la guerre du Vietnam, la guerre d’Algérie, la guerre d’Afghanistan, la guerre d’Irak, la guerre de Syrie, la liste est longue des conflits provoqués sciemment par l’Europe ou les États-Unis. Et ce n’est sans doute pas fini si l’on en croit les discours que les hommes et les femmes au pouvoir dans ces pays continuent de tenir au nom de la liberté, des droits de l’homme, de la démocratie.

Le problème est qu’à force d’intervenir ici et là sans ordre ni méthode, les gouvernements qui utilisaient la violence sans jamais en mesurer les conséquences à moyen et long terme ont fini par provoquer une migration vers leurs terres aussi massive que désordonnée, qu’ils s’avèrent aujourd’hui incapables de maîtriser. La preuve de cette cécité collective nous est donnée de façon accablante par les discussions stériles qui se déroulent depuis des semaines dans les locaux de l’énorme machine technocratique qu’est devenue l’Union européenne à Bruxelles.

Il n’est pas besoin d’être grand clerc pour deviner la suite de cette dérive générale : l’implosion d’une communauté qui n’a pas été capable de s’unir sur le plan politique, la montée de tensions sociales qui déboucheront probablement sur une crise de grande ampleur, la prise en main de la gouvernance européenne par les partis les plus radicaux, le rejet brutal des migrants qui rêvaient d’un eldorado illusoire, peut-être même la résurgence des dérives idéologiques qui plongèrent par deux fois la vieille Europe dans le chaos.

INHUMANITÉ (1er septembre 2015)

Quoiqu’ils décident, quoiqu’ils fassent, les David Cameron, François Hollande, Angela Merkel et autres dirigeants de la vieille Europe ne parviendront pas à endiguer le flot de migrants qui afflue vers elle en provenance du Levant et de l’Afrique. Qu’ils usent de la force, de la persuasion, de la contrainte ou de la menace, le flot ne se tarira pas, les plaçant dans une situation proprement intenable qu’ils s’avéreront incapables de gérer. Ceci pour deux raisons :

La première est que lorsqu’un homme et une femme se trouvent condamnés à la mort avec leurs enfants dans leur propre pays, ils n’ont d’autre solution que de fuir. Et tout naturellement, ils se tournent vers les territoires où règne la paix, où l’on peut se nourrir, où l’on sera soigné et protégé de mille et une façon, où donc l’on ne sera pas condamné à mort pour ses convictions.

La deuxième raison est que l’Europe elle-même se trouve à l’origine directe des drames qui provoquent le flot croissant des migrants. En s’immisçant dans les affaires intérieures de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Syrie, de la Libye pour des raisons que l’Histoire se chargera d’éclaircir, et qui n’avaient rien à voir avec la protection des droits de l’homme, ses chefs ont commis une erreur que vont leur faire payer les migrants au prix fort.

Nous l’avons écrit, ici même et ailleurs dans ce journal à maintes reprises, ces dernières années, l’Europe, qu’elle le veuille ou non, se trouve confrontée par sa faute à un problème qu’elle est incapable de résoudre. Les tragédies en série auxquelles nous assistons désormais chaque jour aux frontières maritimes et terrestres du Vieux Continent sont là pour le démontrer.

La seule issue possible, désormais, est un engagement massif des pays riches du Nord en faveur des pays pauvres du Sud qu’ils ont asservi des siècles durant pour piller leurs richesses naturelles, les empêchant du même coup de se développer comme ils auraient pu le faire. Ce n’est qu’en inversant ce courant fatal que l’Europe parviendra à freiner le mouvement désespéré que son inconscience a généré. Les grands donneurs de leçons civiques que sont les dirigeants occidentaux le comprendront-ils avant qu’il ne soit trop tard ?

Pour lire d’autres articles des Dépêches de Brazzaville, cliquez ici

Les Dépêches de Brazzaville

A lire aussi