Mon beau mariage vs je hais les mariages

28 octobre 2013 PAR

Mon beau mariage

Deux articles Yéyé s’opposent sur le mariage en tant que cérémonie et institution sociale. Entrez dans le débat

La journée du samedi 24 août représentait pour moi l’accomplissement de mes rêves d’adolescente. Enfin, j’allais moi aussi vivre la journée la plus merveilleuse de ma vie. Des préparatifs jusqu’au jour-j, j’étais fébrile. J’ai participé à toutes les étapes de l’organisation parce que je tenais à ce que tout soit parfait pour ce grand jour où j’allais enfin dire oui à l’homme de ma vie. Je voulais une cérémonie chic, remplie d’amour et d’émotion. Avant ce jour mémorable pour moi, j’essayais tant bien que mal de retenir mon stress. Mais, la veille du mariage, j’ai craqué. J’ai véritablement eu peur de l’enjeu car même si mon fiancé et moi, nous nous connaissions depuis pas mal de temps déjà, nous nous apprêtions à réellement fonder un foyer où nos responsabilités d’époux seraient clairement engagées.

Le jour J
Le jour-j, au réveil, c’était terrible. Je suis passée de l’excitation de l’imminence de mon mariage à une angoisse qui ne dit pas son nom. J’ai tout ressenti : la peur au ventre, le cœur qui bat la chamade, l’envie de vomir ou de me rendormir pour me réveiller le lendemain. J’avais vraiment les nerfs à fleur de peau ; je pleurais pour tout et n’importe quoi et j’ai même refusé que l’esthéticienne s’occupe de moi. Ma mère et ma sœur m’ont dit que mon état était dû au stress donc j’ai dû avaler des comprimés pour me détendre. Ainsi, la coiffeuse a pu faire son travail. Néanmoins, j’ai trouvé que son maquillage était excessif, j’ai donc tout enlevé pour le faire moi-même. Enfin, ce fut le départ pour la mairie. Je suis restée calme tout le long du trajet. J’appréhendais maintenant le moment tant de fois rêvé et commenté au lycée avec mes copines. J’ai représenté mon mariage par les couleurs bleu turquoise et or parce que le bleu symbolise le rêve, l’espoir, la sagesse, la sérénité et la vérité. Quant à l’or, il représente le sacré, la sécurité et le confort. C’est ce mélange là qui, pour moi, représente la stabilité d’un foyer. A la mairie, assise dans la voiture avec ma dame de compagnie, j’ai essayé de donner le change en plaisantant et en riant. Mais, tout cela sonnait faux. C’est vraiment à ma descente de voiture, quand j’ai réalisé que nos parents et nos amis étaient tous là, rien que pour nous, que toute l’émotion que j’avais essayé de contenir depuis le matin m’a submergée. J’ai enfin compris que quelque soit le déroulement des événements de ce jour, il restera LE PLUS BEAU JOUR DE MA VIE…

Chimène Désirée

Je hais les mariage

Que deux individus décident de se marier pour des convenances amoureuses, financières, administratives, religieuses ou traditionnelles, cela ne me regarde pas et je n'y porte aucun regard ou jugement puisque ça ne les concerne qu'eux.

Mais, qu'ils mettent tout ceci en scène, l'étale sur l'espace public dans des espèces de rituels au goût généralement douteux, me permet d'en dire ce que je pense, d'exprimer mon opinion : je hais les mariages ! L'utilisation du pluriel est à séant et focalise mon invective sur les cérémonies plutôt que sur l'institution républicaine. Je hais les mariages. Cela relève carrément du lavage de cerveau, de l'aliénation mentale, tout ce qu'on fait pour programmer petits garçons et surtout petites filles afin qu'ils pensent que le mariage est l'aboutissement de toute une vie. Au point où, chaque fois que j'entends un marié ou une mariée dire “c'était le plus beau jour de ma vie” (et ils disent tous ça), j'ai l'impression de voir un numéro réussi de dressage.

L’ouverture du cirque
Je hais les mariages. Tous les mariages auxquels j'ai assisté sont des caricatures les uns des autres, tirés de la mythologie occidentale du mariage princier, répandu et exacerbé par la télévision et les complexes coloniaux. Une fois, je suis arrivé en retard à un mariage à l’hôtel communal de Cocody. Je ne retrouvais pas “mes” mariés ; mais, ce n'était pas grave. Ils se ressemblaient tous et ils allaient faire exactement la même chose. J'aurais pu assister à n'importe lequel de ces mariages et expliquer à mon pote que j'avais été à son mariage. Ah le fameux « hôtel communal de Cocody » ! On a l'impression que c'est là-bas que se marie toute la ville. C'est d'un grand chic le carton d'invitation avec “mariage à l’hôtel communal de Cocody”. Devant le parvis généralement ensoleillé, il y a cette longue file de voitures de luxe ridiculement décorés des mêmes dentelles. Chacun attend son tour avant de sortir du climatiseur de la voiture pour venir transpirer sueur et maquillage sur le parvis. Le marié est flanqué de son « best man », généralement un de ses potes qui va se jouer le « George Wognin » d’opérette à peu de frais. La mariée, empêtrée dans ses froufrous et dentelles de polyester, est toujours devancée de sa “dame de compagnie”, l'hystérique qui va pourrir toutes les photos de mariage et hurler aux oreilles de tous, à chaque couac. Et il y en a, des couacs ! En fait, il n'y a que des couacs, malgré les nombreuses et fameuses réunions de préparation de mariage, prétexte à beuverie plutôt. Le marié lui, a toujours l'air très à l'aise dans son costume. Mais, c'est nous qui sommes mal à l'aise devant son improbable nœud papillon, le brillant de ses revers, quand tout le costume n'est pas phosphorescent à force de briller. Des fois même, il peut débarquer de son Audi de location avec une redingote ou une queue de pie, surréaliste dans ce décor de cocotiers, de djosseurs de naman, de vendeurs ambulants et de nègres endimanchés. On a carrément l'impression d'être dans « La tragédie du roi Christophe » ! Quand enfin tout le monde a le droit de s'engouffrer dans la bâtisse, la démarche des mariés et surtout de la mariée, est aussi fluide que celle de Qrio, le robot de Sony.
Source
  YOUTUBE
Qrio, le robot de Sony

Ces maires devenus MC
A l'intérieur, commence le « show » du maire. Laissez-moi rappeler à ces « maires » qu'ils ne sont pas des MC (Maître de Cérémonie) ; ils sont de simples officiers d'état civil. Leur strict rôle consiste à constater et valider le mariage en tant que contrat civil. A part lire leurs droits aux contractants et veiller à ce que les choses se passent en bonne et due forme, le maire n'a pas d'autres prérogatives. La bague de mariage n'est pas son problème et elle n'est d'aucune nécessité légale dans cette cérémonie. Ses conseils, on n’en a rien à faire, car par le divorce, la loi rend le mariage réversible. Le plus insupportable de sa part, c'est l'injonction “embrassez-vous !” ou “embrassez la mariée” (quand il est carrément misogyne). De quel droit se permet-il de dire à deux adultes responsables de s'embrasser, en public de surcroît ? Est-ce qu'on embrasse son assureur après avoir signer sa police d'assurance ? Je trouve pathétique de toujours voir les contractants (c'est ce que sont des mariés) s'exécuter sous les vivats du public voyeur. A la fin de la cérémonie, les sourires sont larges, les hourras sont gras chez les hommes, les youyous sont stridulants chez les femmes. La parodie du bonheur est en scène.

Pour les photos : hôtel Ivoire ou espace Coca-cola ?
La folle sarabande des photos commence tout de suite après. Juste à gauche, à la sortie latérale de l’hôtel communal de Cocody, il y a une grosse chaise moche, peinte en blanc et rose, avec un dossier en forme de cœur. Cette horreur est visible dans tous les clichés de tous les mariages de Cocody depuis des années. La séance-photo continuera à l'inévitable hôtel Ivoire ou à l'espace Coca-cola au Plateau, en bordure sale et polluée de lagune.

La fête foraine commence
Pendant ce temps, tout le monde s'installe dans la salle ou sous les bâches de « l'espace de mariage ». L'autre jour, je suis allé déjeuner dans un restaurant sur le boulevard de Marseille. A ma grande horreur, il accueillait non pas un, mais trois mariages et, simultanément s'il vous plaît. Chacun avait sa sono, sa musique, sa décoration, etc. Sous un appatam, le mariage « jaune et bleu ». Dans la cour, sous des bâches, le mariage « rose et bleu ». Dans une salle, le mariage « jaune et vert ». Oui, parce que les mariages vont par paire de couleurs imposées par les mariés. Mention spéciale pour le « bleu et fuschia », la paire qui revient le plus souvent. D'une façon ou d'une autre, tout le monde est obligé de se mettre aux couleurs du mariage. Cela donne, surtout chez les hommes, des appariements de couleurs souvent très hasardeux (pour rester dans l’euphémisme). Les femmes n'ont pas de problème avec les couleurs ; mais, ce qu'elles se font sur le chef relève parfois de l'installation d'art contemporain. Dans les mariages, sur la tête des femmes, c'est toujours la foire aux chapeaux extraordinaires et aux incroyables chignons. (Voir photos).

Le numéro tant attendu
Quand, après leur tournée photographique, les mariés rejoignent les convives, c'est le moment du grand chelem :

- Melbourne : on se bourre. Le bar est ouvert et tout le monde se précipite pour boire le maximum qu'il peut parce que c'est gratuit, pardi.
- Roland-Garros: on se gave. Le buffet est ouvert. C'est la “tantie claire là” qui est au service ; elle garde toujours à manger à côté pour son mari et/ou ses enfants.
- Wimbledon : on se blinde. Le mauvais gâteau rempli de crème est servi. Les mariés vont concéder au rituel de la becquée mutuelle et de la coupe de champagne.
- Flushing meadow : On se flashe sur la piste de danse pour mériter le repas et la boisson ingurgités. C'est à ce moment que de vieilles célibataires endurcies vont se bagarrer pour le bouquet en fausses fleurs de la mariée en faisant semblant de croire en la superstition qui veut que celle qui s'en empare, soit la prochaine à se marier.

Tout ce tapage pour finir là
Le moment le plus triste intervient quand les mariés s'en vont à... l'hôtel. Tout ce cirque, tout ce barnum orchestré, pour finir dans une chambre d'hôtel... comme un couple illégitime. Vraiment, je hais les mariages.

by Gauz

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