Chantal Anoh : l’autre étoile du taekwondo ivoirien

03 mars 2017 PAR
Après les médailles remportées aux JO par Cheick Cissé et Ruth Gbagbi, la Côte d’Ivoire vient de nouveau de confirmer sa réputation d’excellence en taekwondo, en se hissant à la 2e place sur 26 nations participantes à l’Open de Louxor qui a eu lieu le mois dernier en Égypte. Cette semaine, rencontre avec une autre étoile montante de cet art martial : la jeune et jolie Chantal Anoh, qui vient tout juste de gagner ses galons d’arbitre international !

YM : Pouvez-vous vous présenter aux Yéyénautes ?

CA : Je suis Chantal Anoh, taekwondo in 4e dan et je suis depuis le 3 février arbitre internationale de taekwondo, grade que j’ai acquis après ma participation au séminaire international de renforcement des capacités des arbitres de haut niveau de taekwondo portant sur les compétitions de combats, qui a eu lieu du 24 au 27 novembre dernier à l’hôtel Belle Côte d’Abidjan Riviera-Palmeraie. J’ai d’abord été arbitre de ligue, puis arbitre nationale. J’exerce cette profession depuis 5 ans maintenant.

YM : Comment êtes-vous venue au taekwondo ?

CA : Je me suis mise au taekwondo, car je me disais qu’en tant que femme et personne plutôt réservée, pratiquer un art martial me permettrait de me défaire de ma timidité, me donnerait du tonus, de l’assurance. Que cela me permettrait de me défendre et, pourquoi pas, d’effrayer un homme sait-on jamais ? (rires)

YM : Quand avez-vous commencé le taekwondo ?

CA : J’ai commencé en 2008.

YM : Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

CA : En fait je travaillais en tant que secrétaire dans un gymnase et à la suite de ça, je me cachais pour pratiquer le taekwondo. Petit à petit, les maîtres ont commencé à me prendre de côté pour m’apprendre les rudiments du taekwondo, et suite à cela j’ai commencé à me passionner pour le taekwondo et à m’y donner entièrement. J’ai été encadrée dans ma progression par maître Ibrahima Coulibaly qui me motivait. C’est ainsi qu’à la longue, le président de la ligue de Marcory, maître Rassaki Tidiane, a voulu que je m’inscrive aux concours d’arbitrage national. Au départ je n’étais pas partante, car j’étais très occupée et puis je suis aussi assez timide, mais il a insisté et m’a même inscrite contre mon gré. C’est comme ça que je suis allée faire le test ivoirien auquel j’ai terminé troisième. J’ai commencé à travailler dur et j’ai été distinguée trois fois meilleur arbitre ivoirien : à l’open féminin, à l’open de maître Siaka Coulibaly, et ensuite à l’open féminin national présidé par maître Ané Emmanuella.

YM : Combien y a-t-il d’arbitres en Côte d’Ivoire ?

CA : La Côte d’Ivoire compte 14 arbitres internationaux.

YM : En quoi consiste exactement le rôle d’arbitre de taekwondo ?

CA : Il faut cadrer les athlètes lorsqu’ils concourent et aussi les accompagner pour leur permettre de donner le meilleur d’eux-mêmes lorsqu’ils sont sur le dojo. Il y a aussi un aspect coaching dans ce métier ; cela peut débuter avant ou pendant la compétition.

YM : Quelles sont les qualités et compétences requises pour être arbitre de taekwondo ?

CA : Il faut d’abord être taekwondo in. Un point-clé des tests d’arbitrage est le « scoring test », qui demande beaucoup de rapidité, de vitesse d’exécution, de réactivité et de concentration. Il est aussi très important d’avoir l’esprit disponible, d’être bien dans sa tête.

YM : Quelles sont les contraintes et les difficultés du métier ?

CA : Je dirais que la première et la plus importante contrainte concerne les moyens financiers nécessaires pour assumer les frais de voyage, car nous devons nous déplacer par nos propres moyens. On ne vit pas du métier d’arbitre. Après il y a aussi la disponibilité. Donc ce sera très compliqué pour un arbitre ivoirien qui n’a pas les moyens de faire le déplacement pour aller coacher des athlètes à l’international.

YM : Vous exercez donc un métier en dehors de vos fonctions d’arbitre.

CA : Oui, je dirige une agence d’hôtesses, Kita Agence.

YM : Votre plus beau souvenir d’arbitre c’est quoi ?

CA : C’est que grâce au président Bamba Cheick Daniel (président de la Fédération ivoirienne de taekwondo, ndlr), j’ai vraiment pu réaliser ce rêve dans lequel je ne voulais pas me lancer au départ, et cela m’a permis de rencontrer diverses personnalités ; des ambassadeurs, des ministres. C’est une joie pour moi, et je suis heureuse aussi de me dire que grâce à mon statut d’arbitre internationale, je vais pouvoir découvrir de nouveaux pays, de nouveaux horizons, faire de nouvelles rencontres.

YM : Quel regard portez-vous sur le taekwondo africain en général et ivoirien en particulier ?

CA : Le taekwondo, qu’il soit africain ou ivoirien, n’a rien à envier aux autres taekwondos du monde. Nous avons les mêmes niveaux de formation et nous n’avons vraiment pas de complexe à avoir.

YM : Comment expliquez-vous que le grand public découvre ou redécouvre seulement aujourd’hui le taekwondo ivoirien alors que le pays a une réputation d’excellence en la matière depuis des années ?

CA : Je pense que le taekwondo ivoirien doit beaucoup au président Bamba Cheick Daniel, qui a fait beaucoup pour ce sport. Auparavant les gens connaissaient certes le taekwondo, mais cela restait un sport minoritaire parmi tant d’autres, d’autant qu’en Côte d’Ivoire on ne parle et ne vibre que pour le football. Donc la venue du président Bamba Cheick Daniel a permis de rehausser cet art martial. Les succès rencontrés par les athlètes ivoiriens aux derniers Jeux olympiques ont aussi beaucoup contribué à sa popularisation. Même si les gens ne connaissent pas le taekwondo, ils savent que Cissé Cheick ou Gbagbi Ruth sont des taekwondos in qui font la fierté de la Côte d’Ivoire.

YM : Quel message adresseriez-vous aux jeunes taekwondo in et à ceux ou celles qui veulent devenir arbitres comme vous ?

CA : Je leur dirais de continuer à travailler dur même si ce n’est pas vraiment évident. Je leur dirais aussi de ne pas se décourager. Mon premier séminaire d’arbitrage international, qui s’est tenu au Maroc, a été un véritable fiasco, mais je ne me suis pas laissé abattre ; je suis revenue, j’ai bossé dur et mon deuxième séminaire a été le bon. Pour ceux qui veulent devenir arbitre comme moi, je recommanderais de continuer à pratiquer régulièrement le taekwondo, suivre les conseils des maîtres et puis pourquoi pas passer les grades et faire le test comme je l’ai fait.

Au-delà de ça, je voulais aussi dire un grand merci à l’éternel Dieu, merci au président Bamba Cheick Daniel, grâce auquel nous avons passé le test en Côte d’Ivoire. Merci encore à lui de m’avoir permis de rencontrer le ministre Hamed Bakayoko. Merci également à mon maître Coulibaly Ibrahima, à maître Aka Léa, maître Rassaki Tidiane, car vraiment ce sont eux qui m’ont encadrée et ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Merci enfin au secrétaire général de la fédération ivoirienne de taekwondo, maître Anzoumana, maître Ané Emmanuelle, maître Ouattara Ibrahim, mes dirigeants et tous ceux qui m’ont soutenue.

YM : Enfin et pour finir, une question dédiée à la journée du 8 mars, journée internationale de la femme : c’est quoi pour vous être femme ?

CA : Une fierté.

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