Dr Mukwege, un médecin pas comme les autres !

20 juin 2017 PAR

De nombreux articles ont été publiés, à juste titre, pour louer l’action remarquable de ce médecin qui fait tellement honneur au serment d’Hippocrate. Car dans son hôpital de Bukavu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), les femmes violées et sexuellement mutilées qu’il a réparées se comptent en dizaine de milliers. Tonnerre d’applaudissement pour le Docteur Denis Mukwege qui, au péril de sa vie, se bat non seulement pour rendre la dignité à ces femmes, mais aussi et surtout faire reconnaître le viol comme une arme de guerre à part entière.

En République démocratique du Congo, le viol est une arme de guerre encore plus puissante que les kalachnikovs et autres armes blanches. Car, il laisse des séquelles à vie dans le corps et même dans l’âme des pauvres victimes. Très souvent, parmi ces victimes se trouvent des fillettes de moins de deux ans. Et le plus atroce, c’est qu’elles sont violées à l’aide de canon de fusil, de bouteilles, de pieux et même de couteaux. Difficile de rester impassible face à ces femmes aux lésions corporelles souvent irréparables ; difficile d’imaginer les souffrances inouïes ou le traumatisme profond.

Face à l’horreur que présentent ces corps mutilés, beaucoup de gynécologues auraient fui ou abandonné ces femmes, filles et fillettes à une mort certaine. Mais, Denis Mukwege, gynécologue, pasteur époux et père, tente, depuis 18 ans déjà, de « réparer » le corps et aussi l’âme de ces femmes. Ainsi, avec ses équipes, dans son hôpital de Bukavu, au Sud-Kivu, il a déjà « reconstruit » plus de 50.000 femmes.

Continuellement menacé dans son pays et sous protection de l’ONU, le docteur Denis Mukwege a reçu de multiples récompenses (prix Olof Palme et prix des Droits de l’homme des Nations Unies en 2008, prix Sakharov en 2014) et son nom est régulièrement proposé pour le prix Nobel de la paix. Pas seulement parce qu’il redonne une certaine dignité à ces femmes ; mais aussi parce que, face au laxisme de l’Etat congolais, il a décidé de porter la voix de ces victimes sur toutes les tribunes qui lui sont offertes afin de dénoncer le viol comme arme de guerre au même titre que les autres. Son rêve, convaincre les décideurs de ce monde d’éradiquer le viol avec la même détermination que celle mise pour les armes biologiques, chimiques et nucléaires.

En attendant que se réalise ce rêve, « papa Mukwege », comme l’appellent ces patientes, continue de mener inlassablement le combat de sa vie dans son hôpital de Panzi, au milieu des collines verdoyantes du Kivu.

A lire aussi