Bintou Bourguoin, contre le cancer

En créant la Ligue ivoirienne Contre le Cancer, Bintou Bourguoin s’engage dans un combat contre un mal qui tue silencieusement mais bien plus massivement qu’on ne se l’imagine.

De Paris en passant par l'Italie, elle débarque en côte d’Ivoire pour vendre de la formation professionnelle continue. Mais le cancer va faire des irruptions dramatiques dans sa vie privée et elle va réaliser que de nombreuses vies peuvent être sauvées en faisant simplement passer des informations. Selon l’OMS , la prévalence du cancer en Côte d’Ivoire est de 15 000 à 20 000 nouveaux cas par an. Le registre du cancer d’Abidjan, lui, parle de 3 248 nouveaux cas entre 2004 et 2006. Quand l'incertitude même plane sur les chiffres, quid des malades ? C'est dans cette ambiance que Bintou Bourguoin crée la Ligue Ivoirienne Contre le Cancer (LICC) en 2004. Depuis, elle ne s'économise point dans la bataille contre le cancer, ce mal des temps modernes. Interview à la première personne d'une battante, d'une combattante, camouflée derrière une voix douce et un joli minois.

Qu’est ce qui t’a poussé à fonder une ligue contre le cancer ?
C’est une maladie dévastatrice dont on parle peu ici. Il ne faut pas que le cancer reste un sujet tabou. Il frappe chacun de nous de près ou de loin. Cette maladie est entrée dans ma vie à quatre reprises, emportant des êtres chers.

Quel but vise la Ligue Ivoirienne Contre le Cancer ?
La Ligue Ivoirienne Contre le Cancer a pour objectif d’informer, de sensibiliser et de coordonner les actions de prévention sur l’ensemble du territoire ivoirien en vue d’améliorer la prise en charge des malades. L'information a toute son importance dans nos actions car c’est une forme de prévention. Il faut pouvoir devancer le mal avant qu’il ne s’installe telle est notre stratégie première. Nous avons des représentations sur Bouaké et San Pedro. Nous envisageons étendre nos actions aux régions du nord. Korhogo est notre prochaine cible, espérant par la suite couvrir l’ouest de la Côte d’Ivoire.

Quels sont les chiffres de la prévalence en matière de cancer ?
Les derniers chiffres sur la prévalence sont désuets. Le centre du registre du cancer n’est pas outillé pour nous livrer un chiffre actualisé. Nous n’avons pas donc une estimation précise de l’évolution de cette maladie. Dans un tel cas de figure, comment donc appréhender l’efficacité de la lutte contre le cancer ? De plus en matière de prise en charge et de prévention, les structures étatiques sont assez timides. Avec la création du plan national de lutte contre le cancer, il y a une légère avancée mais qui reste en deçà de ce qu’on aurait souhaité avoir. J’ai bien peur que la maladie ait gagné du terrain.

Concrètement, la LICC intervient-elle à un stade de la maladie ?
Nous faisons de la prévention par le biais de la formation des professionnels de la santé en Enseignement Post Universitaire (EPU), nous sensibilisons les populations en communiquant sur les différents cancers. Nous ne prodiguons pas de soins en tant que tels car nous ne sommes pas habilités à le faire. La Ligue Ivoirienne Contre le Cancer est un centre d’écoute et d’aide aux malades. Lorsqu’une personne souffre du cancer, on essaye de l’aider à obtenir des prises en charge en vue du traitement. Nous avons par le passé, notamment en 2008, mené des actions de prise en charge effective grâce aux appels de fonds. Il s’est agi d’offrir gracieusement aux malades dépistés un traitement de chimiothérapie. Vous savez, la chimiothérapie est un traitement lourd physiologiquement, mais aussi financièrement et psychologiquement. Nous avons des cas de personnes obligées d'arrêter le traitement du fait de son coût trop élevé et de l'absence de toute couverture sociale.

Combien de personnes ont bénéficié de cette prise en charge ?
Un traitement de chimiothérapie coûterait deux millions pour 6 séances. Or dans la plupart des cas, il est question d’atteindre 24 séances ou plus pour espérer être en rémission de ce mal. On a pu acheter pour 52 millions de médicaments en 2008 et seulement une trentaine de personnes ont bénéficié de la prise en charge. Ce nombre est dérisoire au vu des nombreuses demandes, nous en sommes conscients. Nous avons dû organiser un comité scientifique et un comité social pour choisir les bénéficiaires. Le comité scientifique approuve en premier ressort puis intervient le comité social pour voir si la personne peut bénéficier de ce traitement selon sa catégorie socioprofessionnelle. Je profite de l’occasion qui m’est offerte pour tirer la sonnette d’alarme en ce sens que le ministère de la santé et des affaires sociales doit se pencher sérieusement sur ce mal. Et l’assurance médicale universelle pourrait être une réponse quant à la prise en charge dont doit normalement bénéficier les malades qui, en de telles situations, se trouvent abandonnés.

Il existe un florilège de structures de lutte contre le cancer en Côte d’Ivoire, travaillez-vous de concert ?
Non malheureusement ! Nous luttons pour la même cause et il est dommage que nous allions en rangs dispersés. A l'initiative d'un laboratoire de la place, il y a eu une tentative de coordonner nos activités. Cela n'a pas porté ses fruits. Pour mieux servir la cause, il faudrait que l’on se regroupe au sein d’une coordination, une alliance afin de nous faire entendre d’une seule voix.

Quelle est l’actualité majeure de la LICC ?
On va faire de la sensibilisation. On est en pourparlers avec l’association d’une grande entreprise de la place afin de faire des dépistages gratuits. Nous sommes en train de préparer une caravane de dépistage du col de l’utérus dans les dix communes d’Abidjan avant la fin de l’année.

Ninah Kourouma pour Yéyémag

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