Le retour d’ « Ebola » dans les assiettes ivoiriennes

07 novembre 2016 PAR
Interdit en avril 2014 pour cause d’épidémie à virus Ebola, le gibier qui, par la magie du langage ivoirien, a emprunté le nom de ce virus, est de retour dans les assiettes ivoiriennes. Mais à quel prix ?

1er novembre : fête de la Toussaint. Au maquis « Maman Mounia » de Yopougon Ananeraie, il est 13h. Agoutis, biches et autres viandes de brousse mijotent dans les sauces graine, aubergine, gnangnan, gouagouassou … Leur doux fumet montant vers le ciel comme une invitation aux Saints attise un peu plus l’appétit des clients qui commencent à affluer. Une scène désormais banale depuis le 8 septembre 2016, date de levée des mesures d’interdiction de vente et de consommation de la viande de brousse en Côte d’Ivoire.

Cette levée de l’interdiction a rendu les amateurs de gibier très heureux puisque désormais, l’agouti et ses congénères peuvent reprendre officiellement leur place dans les taliés*. M.Kouadio T., un client très assidu du restaurant déclare : « Pour nous, la viande de brousse est la meilleure. Et quand elle est accompagnée d’un bon vin rouge, on ne peut plus s’en passer. » Et l’abondance des clients dans plusieurs « maquis » de la capitale réputés dans la cuisine d’« Ebola » tels « Petits petits animaux », « Le canaris », « Au zoo », etc. semble donner raison à M.Kouadio. A bien y voir, la mesure d’interdiction n’aura pas eu d’incidence sur l’appétit des consommateurs ; on serait même tenté de croire qu’elle l’a décuplé.

La viande de brousse est là, mais…

Ce qui fait bien l’affaire des « mamans » restauratrices qui ont vite fait de réveiller leurs réseaux d’approvisionnement en viande de brousse. A vrai dire, certains parmi ces réseaux n’ont jamais « dormi », servant clandestinement les client(e)s les plus fidèles, avec ce qu’ils trouvaient. Pour M.Ouattara Y., rencontré au « Petits petits animaux », : « L’approvisionnement est correct et efficace ; tous les gibiers sont au menu, du rat au python en passant par l’agouti, la biche, le pangolin, le hérisson et bien d’autres. » La bouche pleine et les yeux pétillants de joie, il ne manque toutefois d’ajouter : « Seulement, il faut y mettre le prix ».

En effet, plusieurs gérants de maquis indiquent que la vente libre et légale de viande de brousse a accouché d’une flambée de prix sur les marchés. Maman Mounia, la gérante du maquis éponyme, révèle : « Les agoutis achetés avant l’interdiction à 10.000 FCFA sont vendus maintenant à 16.000 FCFA et ceux de 17.000 FCFA sont passés à 23.000 FCA. ».

il faut y mettre le prix !

Ces nouveaux prix sont évidemment ressentis dans les assiettes des clients. Les plats de 1000 FCFA passent à 1500 voire 2000 FCFA ; pour les « kédjénous » et autres plats dits « complets », il faut débourser 10.000 FCFA ou plus. Mais, les clients s’en accommodent ; déjà très heureux de manger librement leur viande préférée. Certains clients, comme M. Kassi, expliquent même cette situation : « C’est vrai que la viande de brousse est cher en ce moment. Mais, c’est la loi du marché : le rapport de l’offre et de la demande. De toute façon, “Ebola“ est de retour, et nous, on ne peut pas s’en passer. »

Encore trop cher pour les ménages

Dans la plupart des ménages ivoiriens, la viande de brousse n’a pas encore intégré le menu familial. C’est d’ailleurs ce que confie M. Yao A. : « Si pour un petit agouti qui ne me fera même pas trois repas, je dois dépenser plus de 10.000 FCFA, ce n’est pas la peine. Je préfère encore préparer de la viande de bœuf ». Pour Mme Tra Lou, le choix ne se pose même pas : « Depuis la levée de l’interdiction, je n’ai même jamais demandé le prix d’un morceau d’agouti. Je me contente du porc ou du bœuf fumés. De toute façon, je sais que je ne peux en acheter. »

Et ce constat est vrai. Le gibier ne pullule pas encore sur les marchés d’où les coûts exorbitants. Un petit tour au marché gouro nous en donne un aperçu. Les étals, auparavant si fournis, sont vides pour la plupart. Certaines commerçantes s’étant reconverties en vendeuses de poissons ou d’autres denrées peinent à reprendre leur commerce initial.

Toutefois, il existe depuis quelques temps sur les réseaux sociaux, des personnes se dédiant à la vente en ligne. Elles publient les photos des animaux avec le prix : à partir de 10.000 FCFA sans les frais de livraison. Ensuite, le client passe commande soit en envoyant un message en « inbox », soit par message ou appel sur un numéro donné.

Au constat général, dans les maquis et restaurants, les marchés ou par la vente en ligne, le gibier coûte toujours aussi cher au regard du pouvoir d’achat de l’Ivoirien lambda.

Rachel Flore

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