Fêtes de fin d’année : gare à la sécurité !

06 décembre 2016 PAR

En Côte d’Ivoire, la magie de Noël a parfois des relents de poudre. Entre les tensions politiques et autres coups d’État, certains ont fini par développer une véritable méfiance à l’égard des fêtes, et les législatives du 18 décembre risquent d’en rajouter une couche. Mois fébrile où chacun court en tous sens pour préparer le réveillon, décembre est aussi celui qui attire toutes les convoitises…

Grand-messe consumériste

Au pays comme chacun sait, certaines périodes sont particulièrement sensibles. Il en va ainsi des fins de mois où tout le monde court à la banque retirer son salaire, et des grands rendez-vous de célébration annuels (Tabaski, Ramadan Saint-Valentin, etc.) en tête desquels figure la sacro-sainte fête de Noël. À cette occasion, les publicités incitant à la consommation dans nos beaux centres commerciaux flambants neufs multiplient leurs clins d’œil aguicheurs à acheter encore et toujours plus, tandis que les rayons des magasins et supermarchés se surchargent de façon presque indécente : jouets, victuailles, vaisselle et décorations dédiées. Chacun, dans la mesure de ses moyens, veut offrir le meilleur pour cette fête familiale devenue incontournable. Au point de parfois en faire un peu trop… « Pour certains Ivoiriens, Noël est presque devenu une maladie », témoigne Régis, coursier à Angré. « Je connais des cadres moyens qui sont capables d’économiser pendant un an pour les fêtes et de dépenser des sommes folles en cadeaux destinés aux enfants ; souvent des jouets complètement extravagants sans aucune portée éducative ».

Pour certains, difficile de résister à la tentation de se servir dans le plat…

Pour ceux qui restent en marge de cette grand-messe consumériste (malgré la volonté d’émergence de nos autorités, ils restent très nombreux), difficile de résister à la tentation de se servir dans le plat. Cela explique notamment la hausse du banditisme (notamment le petit banditisme : agressions à l’arme blanche, vols dans les domiciles et vols à moto de type KTM par des jeunes gens qui profitent des embouteillages pour arracher les portables et les sacs à main dans les voitures) que l’on observe chaque année en cette période de liesse et d’agitation collective. On se souvient notamment du spectaculaire braquage raté de la BNI du Plateau en décembre 2012, qui s’était soldé par la mort de trois des malfrats. « Au mois de décembre, tout le monde est agité, comme si Noël n’avait lieu qu’une fois tous les dix ans. Les gens sont pressés et courent partout pour leurs achats ; chacun veut faire tout en même temps. Du coup, on observe non seulement une recrudescence des accidents de la circulation dus à la précipitation des uns et des autres, mais aussi et surtout une augmentation du petit banditisme, car les gens ont la tête ailleurs et relâchent leur vigilance. En ce moment, ce sont surtout les infractions et les vols à l’arraché qui sont en hausse. Les braquages, heureusement, ont diminué »,explique E., un policier qui a souhaité garder l’anonymat. Un phénomène qui, sans surprise, est plus marqué dans les quartiers populaires où les forces de l’ordre sont moins présentes.

Sécurité renforcée

Du coup, chaque année à l’approche des fêtes, le dispositif sécuritaire est renforcé préventivement : policiers de sortie aux carrefours, contrôles de routine, patrouilles de police et présence de gendarmes dans certains lieux stratégiques. Nous avons donc mené l’enquête pour voir quels moyens étaient déployés sur le terrain et interrogé des personnes directement concernées. En parcourant les communes de Cocody, Marcory et Adjamé, nous avons pu constater que des policiers étaient effectivement postés aux carrefours et près des banques, mais aussi devant certains restaurants et commerces huppés (glacier Amore en Zone 4, boulangerie-pâtisserie Paul boulevard Latrille, abords des autoroutes, radio Nostalgie et environs au Plateau, etc.).

Selon Emmanuel, agent de la police judiciaire, « il y a actuellement plusieurs agents sur le terrain : chauffeurs de taxi, agents en poste dans les maquis et aux carrefours, gérants de parkings… La nuit, des agents de la police et de la gendarmerie sont déployés sur les grandes artères et dans les points chauds de la ville. Ceux-là sont soutenus par le CCDO (Centre de coordination des décisions opérationnelles) ». De son côté, Henri, agent de sécurité rencontré devant la SGBCI aux Deux Plateaux, explique : « Actuellement, nous avons élevé le niveau de sécurité en passant de deux à quatre agents de sécurité, avec un renfort à l’intérieur de la banque, des agents en civil armés et la police qui patrouille régulièrement devant l’établissement. » K., caissier d’une banque de la place, envisage la situation avec calme : « Nous sommes vigilants et sereins, car il y a plusieurs policiers et des agents de sécurité en civil ainsi qu’un système d’alarme. Il est vrai que ces temps-ci, les patrons ont mis l’accent sur le renforcement du système de sécurité. » Ce que confirme Michel, contrôleur dans une société de sécurité : « Nos patrons nous ont donné la consigne ferme de rester très vigilants. Nous avons également renforcé les dispositifs sécuritaires sur les sites de nos clients. Nos agents en poste sont appuyés par des agents à moto qui sont très actifs. »

Donc on se calme, on rassemble ses esprits, on essaye de profiter de la magie de Noël tout en gardant en tête quelques principes de vigilance de base (ne pas étaler ses effets personnels et biens de valeur sur le siège passager de la voiture ; ranger les courses dans le coffre ; dans les bouchons et selon les zones, verrouiller les portières et fermer ou relever les fenêtres ; en général et en particulier la nuit, privilégier les grandes artères et faire bien attention aux feux ; faire preuve de vigilance lors des retraits aux DAB ; ne pas sortir avec des cent et des mille dans son porte-monnaie ; ne pas sortir déguisé(e) comme un arbre de Noël, toute quincaillerie dehors ; etc.)… et tout se passera au mieux !

Ernestine Konan

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