Pot de terre contre pot de fer

17 février 2014 PAR
Yéyémagazine vous invite dans le conflit foncier qui oppose en Zone 4 les habitants de la cité RAN PK6 à un opérateur privé : pot de terre contre pot de fer !

Selon les informations recueillies auprès de manifestants, l’origine de l’affaire remonterait à 2010 lorsqu’un opérateur économique du nom de Fouad Omaïs se présente avec le titre foncier n°1817 du 10 décembre 2007 établi à Bingerville portant acte de vente de la cité RAN PK6. Il exige le déguerpissement des habitants afin de disposer de son bien comme bon lui semble. Commence alors une longue et fastidieuse bataille juridique entre les habitants de ladite cité et M. Fouad, au terme de laquelle la justice tranche en faveur de l’opérateur économique. Le mercredi 29 janvier 2014, des policiers viennent donc signifier aux habitants leur expulsion immédiate des lieux. Ainsi, le vendredi 31 janvier, des huissiers, papiers de vente en main, viennent donner un cachet solennel à l’expulsion. Mal leur en prend car les habitants ne se laissent pas faire sans riposter. S’ensuit alors une échauffourée au cours de laquelle les policiers, venus à la rescousse, usent de gaz lacrymogènes pour disperser les habitants furieux.

A titre de rappel, cette cité est habitée par les cheminots de la défunte RAN (Régie Abidjan Niger, compagnie de train datant de la colonie de Côte d’Ivoire) et leurs enfants depuis 1954 ! La RAN étant à l’époque une société d’Etat, tout son patrimoine foncier et immobilier était géré par l’administration ivoirienne. Mais la crise est passée par là et en 1995, l’Etat a vendu son unique compagnie ferroviaire à Bolloré Africa Logistics, une filiale de Bolloré. C’est ainsi que la RAN est devenue SITARAIL, Société Internationale de Transport Africain par Rail.
Comme chaque fois qu’une société d’Etat bascule dans l’escarcelle d’un groupe privé, il y a eu compression massive du personnel et la SITARAIL en a profité pour se débarrasser de la grande majorité de l’immense parc foncier de la RAN. Les désormais ex-cheminots continuaient d’occuper leur maison de fonction pendant que les bureaucrates scellaient le sort de leur lieu de résidence. Les diverses autorités concernées, par crainte de trouble sociaux, jouent alors le pourrissement de la situation jusqu’à atteindre le point de non retour. C’est un schéma classique. Et c’est ce qui arrive aux occupants de la cité du PK6 en Zone 4. On espère tous que ces familles, démunies pour la plupart, par leur détermination à lutter pour vivre sous un toit décent, vont réussir à trouver des fenêtres de négociations ouvrant sur des solutions de recasement (au sens propre). Car l’expérience nous a maintes fois démontré que lorsqu’intervient la force publique, hélas, alea jacta est… le sort en est jeté.

Chimène Désirée

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