La nappy attitude : du pur au dilué

De plus en plus, une nouvelle mode capillaire s’installe ; celle de garder ses cheveux crépus. C’est la mode « Nappy ».

Selon l’UNESCO*, le défrisage des cheveux   est une séquelle psychologique de la traite négrière. Et la sociologue Juliette Sméralda de définir cette séquelle comme un complexe que les négresses auraient développé au contact de leurs maîtresses blanches qui avaient les cheveux bien lisses.

La Nappy attitude originelle            

img-corps-articleDans les années 50-70, la lutte pour les droits civiques des noirs fait rage aux Etats-Unis. Pour revendiquer, les noirs, à l’instar des "Black Panthers", optent pour une arme radicale : laisser les cheveux bien crépus et surtout bien en évidence sur le crâne. Il n’était donc question d’aucune complaisance.

Dans le même temps, les Afro-caribéens et les Africains (notamment les Kenyans) adoptèrent aussi cette mode dans la lutte pour leur indépendance. Ce style dépassa donc le cadre d’une simple mode en vogue.

La mode afro consistait à laisser pousser ses cheveux naturels, sans rien y ajouter. On devait donc garder les cheveux crépus, durs et les assumer sans aucune tricherie.

Aujourd’hui, cette mode revient sous l’appellation Nappy, …mais quelque peu diluée.

Natural and happy

Nappy signifie « Natural and Happy », c'est-à-dire être heureux tout en restant naturel. Pourtant, dans « Natural », on a simplement appliqué « Natural hair » : éviter le défrisage et garder ses cheveux naturels.

La Mode Nappy aujourd’hui

img-corps-article-solangeEn effet, c’est dans les années 2000 que des Afro-américaines, comme Solange Knowles, ont fait revenir cette coiffure au goût du jour.

Importée de la diaspora, elle a atteint l’Afrique où elle compte de nombreuses adhérentes. Seulement, ce n’est plus la Nappy attitude des précurseurs.

Parmi les adeptes de cette mode, celles qui se débarrassent complètement de leurs cheveux défrisés sont les moins nombreuses. On trouve plutôt en abondance, ces « Nappies » qui refusent de couper radicalement avec les produits défrisants. Certaines femmes se disent même « Nappy » parce qu’elles portent des perruques "Afro".

Ainsi, être Nappy aujourd’hui n’est plus forcément épouser une philosophie. Certaines le font simplement par effet de mode. On veut être Nappy mais on ne se résout pas à quitter le lissage que donnent les cheveux défrisés.

Pour être une vraie Nappy mesdames, il faut couper toute la partie de la chevelure qui est encore défrisée afin de laisser évoluer les cheveux naturels et crépus. On peut les ramollir avec des produits comme certaines huiles spéciales, mais il n’est certainement pas question d’utiliser les produits défrisants pour les démêler. Car, soit on est Nappy, soit on ne l’est pas.

L’expansion du mouvement

Aujourd’hui, elles sont de plus en plus nombreuses, les femmes qui en ont marre de toujours se défriser les cheveux ; ce qui agrandit la communauté Nappy de jour en jour. On en trouve désormais dans de nombreux pays africains (Cameroun, Sénégal, Afrique du Sud…)

A Abidjan, elles ont même créé un groupe : les « Nappys de Babi ». D’abord sur la toile, elles ont maintenant des rencontres physiques au cours desquelles elles échangent sur l’entretien de leurs cheveux et l’avancée de leur mouvement. Elles disent ne mener aucune lutte politique, mais revendiquent simplement la même envie, celle de porter les cheveux au naturel. Et même si vous êtes une Nappy "diluée", ce groupe vous accueillera quand même à bras ouverts.

*UNESCO : United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization ; en français : Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la Culture. C’est une institution spécialisée de l'Organisation des Nations Unies, constituée en 1946 pour protéger les libertés humaines et développer la culture.

Djolo Emeraude pour Yéyémagazine

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