Mèches, tissages : crépitude ou décrépitude ?

16 octobre 2013 PAR
Mèches et tissages sont devenus bien plus qu’une norme de beauté : le cheveu a disparu de la tête des femmes ivoiriennes !

L’avènement des mèches a connu depuis quelques années, un essor fulgurant tant au niveau de la fabrication que de la commercialisation. Chez l'Ivoirienne, quelle que soit l'occasion ou n'importe quel jour de l'année, il n'existe quasiment plus une seule tête qui ne porte ses cheveux sans qu'il y soit ajouté des mèches de toutes sortes. Le nec plus ultra étant « les extensions » ; entendez, les extensions de cheveux par des mèches en tous genres.

Il y en a pour tous les goûts
Les types de mèches et d’extensions, il y en a pour tous les genres, tous les styles, toutes les couleurs, toutes les dimensions, tous les goûts et tous les coûts. On les classe selon les techniques de fixation. Ainsi, il y a les extensions à la kératine, c'est-à-dire avec des cheveux d'origine naturelle, les extensions piquées (mèches, tresses), les extensions avec les connecteurs, les extensions en bandes adhésives, les extensions à clips et les extensions tissées (tissages). Mais, en dehors des extensions piquées, toutes les autres méthodes sont appelées tissage en Afrique.

«Ri... Aya» ou «Rihanna» ?
Le processus, pour se les faire poser, est simple. On prend rendez-vous chez la coiffeuse avec une idée de la tête qu’on voudrait avoir (en général, c'est à la télé ou dans un magazine qu'on a vu la tête en question). Une fois chez elle, on patiente entre 30 et 45 minutes et c’est votre tour. Commence alors le bla-bla du choix des mèches et de la couleur. Ici, il y a souvent un véritable travail de réflexion préalable. Parfois même, le débat prend des tournures tellement subtiles et pointues qu'on ne peut s'empêcher de se dire que si cette force de réflexion est mise à la disposition du pays, l’émergence tant rêvée sera là en moins de temps qu'il ne faut pour tresser une seule mèche. Prenons un exemple : la coupe « Rihanna». Il y aura toujours deux ou trois genres de mèches pour réaliser cette coiffure. La coiffeuse vous proposera tout de suite soit des mèches « 4 boules », soit des « 8 boules» ou encore des «Raïza ». Bref, tout dépend. Parce que avec les « 4 boules », il vous faudra deux paquets de mèches de 3000 FCFA l'unité. Mais, les « 4 boules », ça démange après 2 semaines sur la tête ; par contre, l’effet est quasi identique à la coiffure de la chanteuse américaine. Cela laisse donc 15 jours pour jouer à la « Rihanna» de son quartier avant de commencer à vous gratter la tête comme si on vous avait parachuté un régiment de poux sur le crâne. Pour les autres mèches qui coûtent entre 3000 FCFA et 4000 FCFA le paquet (donc un peu plus cher), le modèle est moyennement ressemblant et dure plus longtemps ; mais à la longue, les mèches se raidissent et l’effet n’est plus trop cool. On est en « Ri... Aya » plutôt qu'en « Rihanna». Passé le blabla du choix de mèches, place à la mise en œuvre de l’ossature de votre coiffure. Ainsi, la coiffeuse (et/ou une de ses assistantes) tresse vos cheveux naturels en une seule natte qui, au final, forme un labyrinthe sur votre tête. Ou alors, elle fait plusieurs nattes horizontales contiguës. Encore une fois, tout dépend de la coiffure demandée. Mais, quelle que soit la technique utilisée par votre coiffeuse, il n'est pas du tout de votre intérêt qu'à ce stade, passe l'homme de votre vie ou un de vos soupirants. S'il voit votre tête comme ça, je vous garantis qu’il pourrait prendre ses jambes à son coup et ne plus s'arrêter avant d'avoir atteint le pôle sud. Après ce long et vertigineux exercice qui dure entre 45 minutes et 1 heure, vous avez maintenant droit à la pose du tissage. La maîtresse d’ouvrage (votre coiffeuse) s’applique à vous coudre les mèches, de l’arrière vers l’avant, sur chacune des rangées du labyrinthe pour terminer soit par une raie, soit par un point ou par aucun des deux (dans le cas d’un rajout). Eh oui, au nom du saint tissage, les coiffeuses de nos jours sont aussi devenues des expertes en couture. A la fin de ce fastidieux travail de haute couture vient l’heure de la finition. Il s’agit à cette étape de « tailler » les mèches pour faire ressortir la forme définitive de votre coiffure ; le tout prend en moyenne une heure. Maintenant, après avoir sacrifié 3 ou 5 heures et dépourvue d’au moins 6000 FCFA (ça dépend toujours ; mais cette fois, du salon dans lequel vous vous êtes coiffée), vous pouvez vous en aller avec un air de star sur un plateau de tournage d’un clip de Nicki Minaj

L’extension, c'est pratique !
C’est vrai, l’extension est une méthode de coiffage pratique pour la nouvelle génération de femmes qui se veulent belles et dynamiques car en plus du fait que c’est cool de commencer la journée sans se soucier de comment coiffer sa crinière rebelle, utilisant ainsi son temps quotidien de coiffure à d’autres fins plus utiles, elle permet la pousse rapide des cheveux. Cependant, même si bon nombre de personnes pensent que porter des extensions naturelles ou artificielles relève du complexe d’infériorité des Africaines par rapport aux Européennes, Américaines et autres ; moi, mon questionnement en ce qui concerne le sujet est d'un tout autre ordre. Quelle est la composition chimique des mèches que nous portons à longueur de temps ? Qu’advient-il des mèches, une fois défaites de notre chevelure ? Sommes-nous conscientes des effets qu’elles ont sur nos cheveux et par ricochet sur notre beauté ? Nos coiffeurs et coiffeuses sont-ils assermentés et aptes à se porter garant de la santé de nos cheveux donc de notre beauté ?

Et après ?
D’aucunes me diront « Hein-hein, et puis y a quoi ? Où est ton problème dedans !» Et puis, y a beaucoup de choses. Faites ce que vous voulez sur votre tête ; cela relève de votre responsabilité individuelle et je ne vais pas chercher à faire de la psychologie de comptoir en parlant de tous les complexes qu'expriment cette mode. Mais, comment les mèches sont-elles fabriquées et que deviennent-elles après usage ? Cela relève de la responsabilité collective et me donne le droit de m'inviter sur vos têtes, sur nos têtes (je ne suis pas nappy, mais je me soigne). Outre les mèches naturelles (qui coûtent chères, les fameuses « brésiliennes » par exemple), toutes les autres mèches sont fabriquées à partir de matières premières issues de l'industrie pétrolière (donc attention au feu !). En plus, les mèches usagées traînent dans les poubelles, les rues, les caniveaux, se mélangent au sable, s’empêtrent dans les pattes de poulets (oui, oui, pauvres poulets) sans jamais se détériorer ; en gros, elles sont salissantes et polluantes. Et puis, mal fixés, mal entretenus, à répétition, nos sublimes cheveux d’emprunt agressent nos vrais cheveux, les détériorent, les assassinent et bonjour l’alopécie et une femme chauve... Nos extensions représentent peut-être une solution ; mais, c’est clair que le revers de la médaille est beaucoup plus fatidique. N’est-il pas plus facile d’utiliser les vielles méthodes : tresses au fil, nattes etc. Une chose est sure, ces méthodes ont fait leurs preuves ; il n’y a qu’à regarder les photographies de nos mères ou grand-mères avec leurs magnifiques tresses ou leurs sublimes coiffures afro.

Aude Fadiga

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