« Il me répugne et pourtant je reste »

11 octobre 2016 PAR
Peut-on vivre avec son conjoint ou sa conjointe sans amour ? Le ou la détester et rester à cause du confort matériel qu’il ou elle nous offre ? Moi Shishi, j’ai écouté le récit de ma cousine Raïssa et je n’arrive toujours pas à me faire une opinion sur le sujet. Peut-être qu’à la lecture de ce qui suit, vous pourriez éclairer ma lanterne.

Cela va faire quatre ans que je vis avec Guillaume. J’avoue que je ne l’aime pas même si lui m’adore. Mais cela, il l’ignore au point d’être convaincu qu’il est l’homme de ma vie. Pour sa décharge, il faut dire que je suis une bonne comédienne. À nous voir ensemble, personne ne peut imaginer que je le méprise au plus haut point. Car je sais être attentionnée, câline et aimante avec lui. Je lui sers des « bébé », « chéri », « mon amour », « mon cœur » et j’en passe à tout bout de champ.

Lui, pour me prouver son amour, me couvre de cadeaux tous plus chers les uns que les autres, et pourvoit à tous mes besoins financiers ainsi que ceux de ma famille. Comme on dit ici à Abidjan, il s’occupe de moi.

Moi, je n’ai pas d’activités pouvant me rapporter de l’argent. Je ne travaille dans aucune société ; je ne fais pas de commerce, ou plutôt si ; je fais commerce de mon corps. Oui, j’ai du mal à le dire. Mais c’est exactement ce que je fais. Je vends l’illusion de mon amour à Guillaume pour bénéficier de ses largesses. La nuit, dans notre grand lit, je serre les dents quand je subis ses assauts sexuels. D’ailleurs, je prie intérieurement pour que l’envie le prenne le moins souvent possible. Dans notre couple, il y a des pratiques sexuelles comme la fellation qui sont tabous. Je me suis débrouillée pour lui faire croire que cela risquait de réveiller une vieille carie endormie.

Il m’arrive de pleurer sous les draps. Et quand il me surprend, je réussis à toujours lui faire croire que je pleure mon bonheur d’avoir un mari si bon et aimant à mes côtés. Voyez, même dans ma souffrance, j’arrive à flatter son égo ; c’est tout dire sur mon jeu d’actrice. Je crois même que je pourrais faire carrière dans cette voie.

Depuis quelque temps, l’envie me prend de le quitter. Mais où irais-je ? Retourner dans le minuscule deux-pièces de mes parents, affronter la misère et chercher à m’en sortir par moi-même ? Non, c’est impossible ! Je me suis habituée à une vie confortable sans effort. Pour la vivre, j’ai dû abandonner le véritable homme de ma vie ; celui pour qui mon cœur bat et battra toujours.

À l’époque, il était étudiant comme moi. Sachant qu’« on ne reste pas dans magnan pour enlever magnan » qu’aurait-il pu m’apporter ? J’ai donc saisi la main tendue du riche Guillaume, me condamnant à une vie, certes de luxe, mais fade et sans amour. Aux dernières nouvelles, l’amour de ma vie à un boulot bien rémunéré et gagne très bien sa vie. J’ai juste manqué de patience pour être la femme la plus comblée de la terre.

Certains me diront matérialiste ; d’autres, vénale. Mais, c’est ma vie et je l’ai choisie. Aujourd’hui, je suis là avec Guillaume. Il m’a proposé le mariage. J’ai dit oui sans grand enthousiasme. D’ici la fin de l’année, mon destin sera définitivement scellé à celui de Guillaume. Je sais que mes sentiments pour lui ne changeront jamais : il me répugnera toujours autant et pourtant je resterai quand même.
Shishi la sulfureuse

A lire aussi