Insécurité : qui va nous sauver ?

19 septembre 2017 PAR
Yopougon, ce vendredi 15 septembre. Il est 17h lorsqu’une rumeur de couvre-feu se répand sur la cité. Les habitants s’empressent de regagner leurs habitations ; les rues se vident ; les commerces et maquis désemplissent. Même le démenti officiel de la police nationale ne pourra venir à bout de cette rumeur tenace, qui n’est pourtant pas sans fondement.

C’est une conséquence négative du phénomène devenu banal des « microbes » qui polluent la vie abidjanaise ses dernières années. Ces bandes d’enfants et adolescents qui attaquent à l’arme blanche, sans motif et sans raison, toute personne qu’elle croise, au hasard de leurs choix. Installant ainsi un climat d’insécurité réelle et psychologique dans tous les quartiers d’Abidjan, notamment à Abobo, Attécoubé, Adjamé et Yopougon.

Agression mortelle d’un policier

Cette insécurité a atteint son point culminant ces dernières semaines à Yopougon. Plusieurs « faits d’armes » rapprochés des « microbes » y ont été dénombrés dont l’un des plus médiatisés est l’agression mortelle d’un agent de police au Premier pont de Yopougon sable. Cet événement tragique a suscité une intervention musclée de la police : rafles systématiques, interpellations, bastonnades, lancers de bombes lacrymogènes…dans certains sous-quartiers de la commune tels Sable, Port-Bouet II, Wassakara ; considérés à tord ou à raison comme des nids de « microbes ».

Quand la peur s’installe…

Cependant, revenons au couvre-feu fictif du vendredi 15 septembre. Pourquoi les populations ont-elles accepté et adhéré aussi spontanément à cette mesure d’urgence ? Tout simplement parce qu’elles sont blasées et qu’elles ont peur. Elles n’en peuvent plus d’attendre LA solution à ce trop gros problème social qui s’intensifie. D’abord circonscrits à la commune d’Abobo considéré comme le bastion originel, les « microbes » ont fini par gangréner tout le district d’Abidjan et touchent même des grandes villes de l’intérieur du pays comme Bouaké, Gagnoa…

Que font les autorités ?

Pourtant, malgré l’ampleur du problème, les hautes institutions du pays restent inexplicablement inactives ; excepté quelques rares actions qui s’estompent aussi vite qu’elles ont été menées. Pourquoi un tel comportement ? Est-ce l’autosatisfaction d’une croissance économique qui ne se ressent pourtant pas dans nos assiettes ? En tout cas, nos autorités semblent ne pas s’apercevoir de la gravité du phénomène. On navigue à vue ; on sort épisodiquement les forces de l’ordre pour contenter la population. Aucune étude sérieuse et scientifique n’est menée pour comprendre le phénomène et identifier les solutions adéquates et définitives. *

Une police qui se venge

Même la réaction de la police, après la mort d’un des leurs, n’a été guidée que par l’émotion et la vengeance, au vu des rafles et bastonnades aussi « sauvages » qu’inutiles : aucun professionnalisme, aucune stratégie. D’où ont-ils eu l’information d’une concentration de « microbes » en ces jour, lieu et heure ? Par quelle tour de magie, les forces de l’ordre ont-elles pu distinguer un « microbe » d’un simple jeune homme vaquant tranquillement à ses occupations ? Toutes les personnes raflées et battues avaient-elles des machettes, des couteaux ou même de simples lames à raser ? Pauvres de nous ! Nous, simples citoyens, qui viendra nous venger ?

Le rôle des médias

La gravité du phénomène doit aussi interpeller nos médias qui ne doivent pas traiter ce phénomène comme de simples faits divers. La presse écrite doit se départir de ses approches politiciennes et partisanes pour éveiller l’opinion et interpeller aussi bien la société que les gouvernants. Notre unique société publique de média audiovisuel, la RTI, doit sortir de sa léthargie et produire des documentaires et des reportages appropriés susceptibles de tirer la sonnette d’alarme.

Vers la naissance d’une mafia ?

On le voit, tous les segments de notre société doivent se mettre en ordre de bataille contre ce fléau. Car petit à petit, les « microbes » infectent le corps social, installant des zones de non-droit dans nos cités. Pour rappel, tous les Etats mafieux et criminogènes actuels sont passés par cette étape. Alors, à bon entendeur,…

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