Où est donc passé l’argent ?

30 octobre 2017 PAR

Vous vous plaignez de vos poches continuellement vides ? Des pluies de milliards annoncées et qui ne vous ont pas encore mouillées ? Comprenez bien ceci : l’argent est là, et il travaille pour vous.

Il est des phrases qui sont faites, taillées, composées pour rester dans les mémoires et marquer les imaginaires collectifs. Prenez par exemple, celle qu’a prononcé Neil Armstrong un jour d’été 1969, 400.000 kilomètres au-dessus de nos têtes, sur la « mer de la tranquillité » : « That’s one small step for a man, one giant leap for mankind ». Pour ceux qui préfèrent la VSTF (Version Sous-Titrée Française) : « Un petit pas pour un homme, mais un bond de géant pour l’humanité ». Dans le cercle restreint des phrases connues et des déclarations célèbres, on peut mettre le « Je reviendrai » du Général Mac Arthur fuyant les Philippines ; le « Je vous ai compris » du Général De Gaulle flattant Arabes et pieds-noirs sur une place d'Alger ou « La paix, ce n’est pas un mot, c'est un comportement » de notre sage de Yamoussoukro admirant ses crocodiles ingrats prendre des bains de soleil. Un nouveau venu a fait une apparition fracassante dans le club très fermé des grandes phrases que personne ne comprend vraiment, mais que tout le monde connaît par cœur : « L’argent ne circule pas, il travaille ». C’est une déclaration bien évidemment universelle mais, comme elle a été prononcée à Abidjan, dans ma ville, laissez-moi vous donner les clés pour essayer de la comprendre. Non, non, ne me remerciez pas si vite !

  • Assertion : L’argent ne circule pas, il travaille.

A Abidjan, on le voit tout de suite aux routes goudronnées qui sont re-profilées et dont les moindres trous et ornières sont systématiquement rebouchés par la sympathique Ageroute, Agence pour la Gestion des Routes. Cela permet une meilleure circulation de l’argent, physiquement, autant dans les fourgons blindés de la Brinks, que dans les poches des citoyens qui circulent avec de l’argent plus ou moins plein les poches. Cela emmène la Rectification 1.

  • Rectification 1 : L’argent travaille, l’argent circule.

Mais, est-ce que des routes bien faites garantissent une bonne circulation quand, à Abidjan, les embouteillages sont devenus la règle de circulation ? Or le temps, c’est de l’argent ; et quand on perd du temps dans les embouteillages, on perd de l’argent. Donc l’argent ne travaille pas parce qu’on ne circule pas. Ce qui donne la Rectification 2.

  • Rectification 2 : L’argent ne circule pas, l'argent ne travaille pas.

En ce moment, sont engagés des travaux titanesques pour la construction d’un troisième pont qui devrait être à l’origine d’une meilleure circulation dans la ville, donc résoudre les problèmes d'embouteillages cités plus haut et permettre à l’argent de circuler. Ces travaux sont une preuve que l’argent travaille alors même qu'il ne circule pas. Mais, quand il travaille comme ça l’argent, il empêche de circuler ceux qui circulent pour aller le faire travailler. Donc l’argent ne circule pas, l’argent ne travaille pas.

Le raisonnement tourne en rond tel un agouti qui cherche à se mordre une queue qu’il ne possède pas. Ce qui, en matière de vitesse de rotation sur soi, est encore plus impressionnant qu’un serpent qui cherche à se mordre la queue ! Mais alors, qu’est-ce qui est bon pour le bon peuple de Côte d’Ivoire ? Que l’argent circule ? Ou que l’argent travaille ? Je n'ai pas d'argent, mais vous avez des pistes de réflexion. Circulez !

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